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 Sade - première partie.

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Avril
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MessageSujet: Sade - première partie.   Lun 7 Mai - 20:32

Finalement, pas de fanfiction... Mais le début de l'un de mes derniers essais en date.
'Enjoy.'

--------------------------------------------------------------------------------

Première partie
L’éveil


« La chose simplement d’elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va. »
Victor Hugo - Les Misérables.



I


Je n’ai pas très bien compris comment, mais, finalement, j’ai réussi à convaincre l’employé de la gare de me laisser partir. Mes mots un peu vides, ce soir-là, me permirent d’abandonner sans délai cette ville froide et sans vie, par l’intermédiaire de ce que les gens appelaient alors le dernier train, au sens à la fois propre et figuré du terme.

Obtenir un simple bout de papier certifiant que j’avais une petite place réservée dans ce véhicule me prit une bonne heure de mon temps, heureusement fait pour être perdu. Cet homme, au guichet, devait d’ailleurs savoir, ou du moins pressentir que le nombre de minutes écoulées m’importait peu. Il se contentait de me répéter la même chose, tel un automate que l’on aurait réglé pour articuler sans cesse quatre phrases inutiles.
« Pour une personne de votre physionomie, ce train est très dangereux… Et puis, vu l’heure insensée à laquelle il passe… Vous ne devriez pas le prendre, surtout à votre trop jeune âge… Croyez-moi, mon garçon, le « dernier train » n’est absolument pas une bonne nouvelle ! ».

A chaque fois, je n’entendis qu’en écho la fin de ses tirades, focalisé sur sa première phrase.
« Une personne de votre physionomie ». En d’autres termes, un androgyne.
J’en conviens : ce train, que l’on disait vide mais qui, pourtant, demeurait rempli de mauvaises gens, ne serait certainement pas l’un de ceux que je prendrai avec un grand sourire, moi qui, dans la rue, risquais déjà quelques agressions sévères. J’ai même pensé, pendant un moment, à céder devant les arguments de cet homme, et à prendre un billet pour le convoi du lendemain matin.
J’ai, un instant, songé à m’incliner piteusement, à faire comme les autres. Me caser dans le coin d’un compartiment bondé, surchauffé, inconfortable et passablement bruyant. J’aurais cherché à savoir où ce train m’emmènerait, bien qu’à cette époque, je ne m’en souciais guère. J’aurais réfléchi à mon avenir, si toutefois j’y croyais encore. J’aurais.
Mais non, en fin de compte. Je n’ai pas. J’ai laissé tomber toutes ces bonnes résolutions, ces perspectives d’avenir plus ou moins abordables.
J’ai pris le dernier train et, ce soir-là, il ne m’est presque rien arrivé.
Presque.

Il faudrait peut-être que je parle avec exactitude de la rencontre que j’ai fais dans le cinquième wagon – celui dans lequel j’étais. Que je retranscrive intégralement ce dialogue qui, dès le départ, n’en était déjà plus un. Ces phrases anodines qui, à l’heure actuelle, me sembleraient d’une banalité profonde.

Il devait être plus de deux heures du matin. Nous étions un dimanche.
Malgré cette douce pleine lune qui marquait la fin de l’hiver et qui donnait à la nuit un aspect des plus calmes, je refusais de voir le paysage au-dehors, comme si celui-ci pouvait brûler mes pupilles que les larmes et le froid avaient peu à peu assombries. Cela ne faisait pas plus de dix minutes que le train filait, m’emportant avec lui vers un endroit inconnu mais qui, à coup sûr, n’aurait jamais su m’intéresser.

J’avais donc dix-sept ans, et cela depuis quelques mois déjà. Ce nombre qui me paraissait bien moindre, en ce temps-là, me semble désormais plus important que les autres. En lui-même, il ne représente rien de plus qu’une formule mathématique incertaine et très libre. Mais, lorsqu’il s’agit d’années, c’est autre chose.
Dix-sept ans, c’est l’âge parfait.

On quitte une bonne fois pour toute l’innocence et la crédulité de l’enfance qui persistaient encore un peu en nous, comme un poison qui aurait tenu et pourri bien trop longtemps à l’intérieur de notre corps mais qui, au final, aurait daigné s’estomper. Les croyances s’affirment, les idées se forment, les vents et les couleurs changent.
La mort devient une réalité, si elle ne l’était pas au préalable. Les gens qui nous entourent se transforment, pour la plupart, et ne sont plus alors que des étrangers en construction. Nous-mêmes, nous nous cherchons. Nous ne savons pas vraiment quel chemin prendre, quelle histoire raconter, quel rôle jouer. Nous nous contentons d’être là, d’observer. De grandir encore un peu tout en gardant nos âmes. Nous restons nous tout en étant autres.
L’adolescence elle-même s’efface, cédant progressivement la place à une mentalité que l’on pourrait qualifier d’adulte. Le tabou n’existe plus. Le monde paraît plus clair, tout en étant si sombre. Nous contemplons son effondrement avec mépris et distance, mais nous en faisons de même. L’espoir reste là, côtoyant l’ombre et la tristesse la plus vide que peut ressentir un homme en ce monde.

C’est le passage, l’étape. A dix-sept ans, nous devenons tout simplement « un peu plus que nous ». Et, malgré mes lourdes différences, je n’échappai pas à cette règle.

Je me cherchais et ne me trouvais pas. Je résumais ma vie, mais n’y parvenais pas. Je pensais un peu à moi, beaucoup à cet homme étrange qui, à ce moment-là, était censé être mon amant.
Je me rappelais son beau visage et revoyait en continu le désastre que fût, pour un temps, ce « nous » dérisoire.
Deux ans passés ensemble, avec pour seul prix à payer sa violence quotidienne, me semblaient peu. Ce n’était jamais plus que deux années banales, pourtant. Ou bien l’horreur elle-même. Ces jours qui ne se ressemblaient jamais m’emmenaient sans cesse à penser que nous étions trois personnes et non deux dans le vaste appartement que nous partagions. Lui, « l’autre lui », et moi.

Je songeais, au fil des minutes, à cette faute fatale que j’avais faite en décidant de tout quitter ce jour-là, ce « nous » comme le reste.
Dans tous les cas, je ne comprenais pas. Je n’étais d’ailleurs et certainement pas en mesure de comprendre.

J’étais trop faible, fragile. Une poupée manipulée qui, de toute façon, ne se serait jamais défendue.
Je n’étais pas moi. Je n’étais pas réel.

Le wagon était fermé, mais le vent transperçait ma peau qu’une simple chemise et un pantalon de cuir ne parvenaient pas à suffisamment couvrir. Une faible lumière éclairait, sans véritablement le faire, cet espace qui, ce soir-là, était mien. J’étais assis sur une banquette en velours rouge et laissais courir mon regard grisâtre sur les cloisons de ce compartiment, attendant que le temps passe. Je m’en remettais aux heures. Et je réfléchissais.
Parce que oui, parfois, les poupées réfléchissent. Elles se demandent ce qu’elles vont faire de leur vie, elles qui ont à peine le droit de se taire et de sourire. Elles aspirent à un avenir qu’elles n’auront jamais, à moins d’un quelconque miracle ou d’un large sens de la répartie, que je ne possédais bien évidemment pas.

Le paysage défilait, masse informe fondue dans l’obscur de la nuit. Tout se mélangeait dans ma tête, de ce départ précipité à la douleur aigüe que me faisait ressentir mon poignet gauche.
La semaine précédente, je tentai le suicide. Le sang-froid de mon amant permit ma guérison physique, mais le mental ne suivit pas. Je ne décrochai mot pendant plusieurs jours, à l’issue desquels je ne pus que crier, à travers notre appartement, combien ce geste m’avait été important. J’ai hurlé pendant des heures à quel point cette condamnation, cette obligation de vivre, me faisait mal. Mon amant ne dit rien, mais vint passer toute la nuit à mes côtés, sans même oser effleurer ma peau.
C’était la veille de mon départ, et il pleuvait, ce soir-là.

Les gouttes ne se mirent à tomber sur le train qu’une bonne demi-heure après le début de mon voyage, mais ce n’est pas à ce moment-là que mon histoire commence.

Cela faisait dix minutes que le convoi que j’empruntais courrait le long du chemin ferroviaire prévu à cet effet. De légers coups furent frappés à la porte de mon compartiment. Je tournai la tête dans cette direction, mais ne dis mot. Cela ne sembla pas gêner mon visiteur, qui se permit d’entrer.
C’était une assez belle femme, que l’on aurait cru âgée d’une trentaine d’années, mais qui, je l’appris plus tard, avait déjà quarante-deux ans. Brune, plutôt grande, avec des traits réguliers à peine marqués par le temps. Ses lèvres fines peinturlurées d’un rouge un peu criard s’étiraient en un léger sourire qui s’élargit lorsque ses yeux m’eurent plusieurs fois parcouru des pieds à la tête. De sa voix basse et suave, elle me lança :
- Bonsoir, toi.


[A suivre.]

Kendra.

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Dernière édition par le Mar 8 Mai - 22:07, édité 1 fois
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Larme
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Lun 7 Mai - 22:51

Il est bien, ton essai !!

Pourquoi dis tu que tu écris mal :s ? C'est pas vrai !
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river26
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Lun 7 Mai - 22:58

j'aime beaucoup , j'ai hate de lire la suite!!

tu a beaucoup de talent kendra!!!! Very Happy Very Happy
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Inki Inochi
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Lun 7 Mai - 23:11

Evidemment qu'elle n'écrit pas mal, Kendra c'est maintenant, carément, mon modèle T__T Elle a un talent fou, et j'ai aussi hâte de lire la suite.. (Genre la femme tout à la fin me dit rien de bon x'D)
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Avril
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Lun 7 Mai - 23:22

Imbéciles...

(Parce que je vous aimes bien quand même, la suite arrive dans deux minutes...)

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Avril
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Lun 7 Mai - 23:25

Je lui répondis d’un hochement de tête. Elle pénétra calmement dans mon espace temporaire et s’assit tout juste en face de moi, laissant son regard verdâtre pénétrer le mien.
- Tu es tout seul, mon garçon ? fit-elle.
J’acquiesçai.
- Ce n’est pas bien prudent, ça, tu sais… Quoique, non, tu ne dois pas savoir, tu ne dois pas douter… Comprends-tu le risque que tu cours en prenant ce convoi-ci, mon grand ? Les ennuis te guettent… La preuve : je suis là.
Sa bouche s’étira encore, son visage prit une expression purement satisfaite. Moi, je ne bougeai pas. Je savais très bien quels dangers m’attendaient. J’avais conscience des toutes les choses plus ou moins graves que pouvait, le jour-même, m’apporter cette femme ; je l’avais compris dès que ses pas avaient résonné dans ce compartiment vide. Je savais.
Elle poursuivit, ironique :
- Mon petit prince du silence, qu’attends-tu donc pour me faire entendre ta voix ? Elle doit être à la fois fine et rocailleuse, non ? Aller, chéri, parle-moi…
- Le voulez-vous réellement ?
Elle éclata de rire. Je restai neutre.
- Tu vois, j’avais raison ! s’écria-t-elle. Tu as une jolie voix, vraiment…
- Merci.
- Tu es très beau aussi. Tu m’intéresses.
Je la regardai froidement, puis lui murmurai :
- Pardonnez-moi, madame, mais les femmes ne m’attirent en aucune façon.
- C’est bien ce que je pensais…, murmura-t-elle. Beau garçon, mince, pas bien grand, fragile… Et ces yeux, ce gris magnifique… Non, vraiment, tu es parfait… Véritablement et indéniablement parfait…

Ce genre de discours, dans une conversation normale, ne se tiendrait pas aussi simplement. Je me savais beau garçon, ou, du moins, j’avais fini par accepter cette idée que l’on s’efforçait de me faire avouer une bonne dizaine de fois par jour. Je me savais également bien frêle, végétarien, sûrement anorexique. J’avais d’ailleurs perdu beaucoup de poids, au cours des derniers mois qui précédèrent ce discours anodin.
J’étais plus petit que les enfants de mon âge, atteignant difficilement cent soixante centimètres de haut, pour lesquels je pesais à peine une quarantaine de kilos. Mon visage, malgré un teint plutôt pâle, ne présentait aucun signe de malnutrition ou quelque chose de similaire, mais mon corps tout entier subissait les conséquences de ce manque chronique. J’étais trop chétif. Je me trouvais détestable. Par pure provocation, je retenais, en un chignon serré derrière la nuque, mes cheveux bruns à la coupe déstructurée – courts devant et longs derrière –, offrant à la vue des autres ces traits faciaux dont je n’étais que très peu fier, pour ne pas dire écœuré.

Je me détestais et répliquai à cette femme, sur un ton dédaigneux, ma façon de penser et de me percevoir. Elle éclata de rire.
- Et pourtant, mon garçon, et pourtant ! Tu ferais un malheur chez moi…
- Vous allez m’annoncer que vous êtes la patronne d’une maison de plaisir, n’est-ce pas ?
Son sourire se figea, s’effaça. Il ne réapparût qu’au bout d’un petit moment. D’un ton détaché, elle me répondit :
- Oui… En quelque sorte… Tu comprendras sur place…
- Je ne veux pas vous suivre, dis-je. J’ai ma vie à faire, mon chemin à tracer. De l’encre à faire couler et des larmes à verser pour finalement pouvoir, un jour, prétendre être moi-même.
Elle ne répondit rien et vint s’asseoir sur mes genoux. Il dût s’écouler une bonne minute, puis elle me murmura, glaciale :
- Ton nom ?
- Il ne vous regarde pas.
Ses yeux se plissèrent, comme si un peu de colère l’avait soudainement gagnée, elle qui, jusqu’alors, n’avait été que bien trop calme.
- Un jour…, siffla-t-elle. Oh, oui, un jour, tout de toi me regardera. Tu ne devras pas te taire, tu ne devras pas parler sans que je ne te dise de le faire. Tu ne pourras même pas bouger. Tu seras à mes ordres et tu t’y tiendras sans mot dire. Tu seras à moi, rien qu’à moi… Oui, un jour, même ton nom, la seule et infime chose qui te restera, ton existence-même, m’appartiendra.
- Un jour, oui. Mais pas aujourd’hui.
Elle me gifla violemment. Je ne réagis pas.
- Imbécile…, siffla-t-elle.
Exaspérée, elle fit quelques pas en direction de la porte, croisa les bras, se retourna. Je compris qu’elle voulait, par ce déplacement soudain, me barrer la sortie. Mais je n’avais pas l’intention de partir. Je savais très bien dans quel mauvais destin je me lançai, mais ne comptais pas m’en sortir. De toute façon, il ne me restait plus que ça.
La soumission.


[Next : II]

Kendra

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Mary

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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Mar 8 Mai - 20:16

*a tout relu*

.
.
.


*sort le grand panneau lumineux*

## SUITE ! ##


(stp Razz )
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Avril
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Mar 8 Mai - 22:06

II


Je ne serai pas en mesure de raconter avec précision les évènements qui suivirent cet échange. La seule chose dont je me souviens, c’est d’une fine aiguille qui s’incrusta à l’intérieur des veines qui parcouraient mon poignet gauche. J’eus de trop violent maux de tête et m’évanouis sur le coup.

Je me réveillai le lendemain, vide de toute sensation et trop peu amène à bouger. Mon corps était lourd, douloureux. Les blessures causées par mon amant se mêlaient à l’aigüe piqure de la veille. Il ne m’était pas nécessaire d’entrouvrir mes pupilles ; il était clair que je n’étais déjà plus dans le train.
On m’en avait arraché, puis on m’avait conduit dans cet endroit dont je ne savais encore rien, tout comme j’ignorais totalement l’identité du « on » en question. Mais, à cette époque, cela n’avait aucune importance. A cette époque.
Si j’avais immédiatement su quel genre de personnes j’allais rencontrer dans cet enfer perverti, j’aurai sans doute passé cette nuit-là sur le quai de la gare.

Dérangé par une violente lumière, je me décidai finalement à ouvrir les yeux. Un plafond et quatre murs entièrement blancs s’offraient à moi. J’eus soudain bien froid et chaud à la fois, comme si la peur avait eu raison du peu de courage qu’il me restait. Mais, déjà, je savais.
Je savais que tout cela n’était qu’une pure illusion et que, loin de voir cette tendre couleur immaculée pour un bon moment encore, je la remarquerai bien vite tachée d’un rouge sombre.

Je mis plusieurs secondes à reprendre mes esprits, perdu au beau milieu des dernières heures que ma faible mémoire tentait tant bien que mal de remettre en place. Lentement, je bougeai ma main gauche. La souffrance s’empara de moi ; je gémis, puis me redressai brutalement.
Cette petite pièce, outre le lit sur lequel on m’avait couché, était entièrement dépourvue de meuble. Une odeur sucrée flottait dans l’air. En face de moi, dans l’encadrement de la porte ouverte, se tenait un homme à peine plus âgé que moi. Grand, brun, les cheveux courts et les yeux verts, il me scrutait avidement, comme s’il cherchait à déceler quelque chose à l’intérieur-même de mon corps meurtri. Il portait, tout comme moi, une chemise blanche, mais ses jambes n’étaient pas entièrement cachées par un long short blanc assez étroit. Il allait pieds nus sur ce sol au carrelage grisâtre et avait coiffé ses cheveux mèche par mèche – j’appris plus tard que ce garçon, loin d’être aussi abstrait que ce que je l’étais à ce moment-là, avait un très grand sens du détail et du « propre ».

Il s’approcha de moi d’un pas mesuré, posa ses mains sur mes genoux et planta son regard étincelant dans le mien, sombre et vide. Je ne bronchai pas. Il me fit un petit sourire aimable et me murmura :
- Bonjour… Bien dormi ?
Je ne répondis pas. Mes lèvres scellées refusaient ardemment de s’ouvrir. De toute manière, mon étrange état de perdition ne m’aurait permis aucune réponse claire. Du moins, je le croyais.
Je me sentis mal. Je vacillai.
- Oulà…, fit l’homme. Du calme…
Il vint s’assoir à ma gauche et prit ma main dans les siennes, comme pour me faire revenir à moi. De nouveau, je gémis, fermai les yeux, tombai en avant. Il me rattrapa et m’attira contre lui.
- Eh, jeune homme…, murmura-t-il. Tu te sens bien ? Tu veux te reposer un peu plus ? Je peux t’arranger ça, si tu veux…
Je réussis difficilement à articuler :
- Non… Merci, mais non… Je ne suis pas, je ne peux pas être là par hasard… Il faut que je me lève, que je vois ce monde… Je dois le comprendre… Je dois tenir…
- Non. Ce monde, tu le verras et le comprendras plus tard… Enfin, si tu y arrives, bien entendu… C’est comme cette idée que les gens se fixent : « tenir ». Si on n’est pas certain de le faire, c’est que, quelque part, il y a problème - et s’il y en avait qu’un, on serait bien tranquilles… Ceci dit, pour le moment, tu vas oublier tes idées et mes paroles, et gentiment t’allonger sur ce lit, sans histoires. Exécution.
Je m’exécutai – sans histoires. Il eût un petit rire qui me rappela immédiatement celui de mon amant : franc, sans ombre. Le vent avant la tempête. Instinctivement, je le regardai. Ses traits fins et sa bouche teintée de noir ne me laissèrent pas totalement indifférent.
Lorsqu’il s’arrêta et redevint sérieux, il me chuchota :
- Tu as un nom, dis-moi ?
- Peut-être…
- Me le donnerais-tu si je t’offrais le mien ?
- Peut-être…
- Quel sens de la repartie…
- Merci…
De nouveau, il rit.
- Aller, sois sage, et dis-moi, sans mentir, ce que tu fous là.
- Si seulement je le savais…
- Mh ?
- Je ne sais même pas où je suis…
- C’est embêtant.
- Oui, un peu.
- C’est pour cela que tu y es, alors…
- Ah ?
- Oh, oui… Si tu savais avec exactitude dans quel endroit tu es tombé, tu ne serais jamais venu. Ne le sachant pas, tu y es quand même entré – où on t’y a mené, peu importe. Maintenant, c’est un peu tard. Tu y es, tu y restes. Mais c’est dommage. Vraiment dommage.
- Toi aussi, alors…
- Moi ?
- Tu ne le savais pas non plus, n’est-ce pas ?
Ses orbes se firent glacials, mais il détourna son regard, comme s’il eût espéré que je ne le vis pas. Le mur en face de lui semblait, à cet instant précis, être le seul objectif de sa vision. Je ne saurais dire combien de temps nous passâmes ainsi, immobiles et oppressés par ce silence. Toujours est-il que son rire, ironique, brisa la barrière dressée entre nous.
- Ouais… Moi non plus, je ne savais pas… Mais bon, ce n’est pas mon cas que l’on essaie de traiter. Avec un physique pareil, tu vas devenir son favoris, et crois-moi, personne ne voudrait cela…
- Vous parlez de cette femme mûre qui soulèverait la question existentielle : « Narcisse, homme ou femme ? »
- Oui, je parle d’elle… Mère…
- Vous êtes son fils ?
- Oh, moi, non… Je suis seulement l’un de ses… protégés…
Ses lèvres prirent un pli dégoûté. De nouveau, il fuît mon regard et s’investit entièrement dans la contemplation du carrelage. J’attendis quelques secondes, puis lui murmurai :
- Comment est-elle ?
- S.M.C.
- Pardon ?
- Sadique, mauvaise, cruelle.
Une toupie infernale prit place à l’intérieur de ma tête. Je poussai une petite plainte. Il posa une main glacée sur mon front et me souffla :
- Chut… N’affronte pas la douleur, cela ne sert à rien…
- Peut-être.
- « Peut-être », « peut-être »… Incertain et à part ?
- Non… Seulement un peu jeune…
- Ca, je le vois bien… Quel âge ? Dix- huit, dix-neuf ans ?
- Dix-sept.
- La belle période… Effectivement, tu es jeune… Un peu trop, même…
- Mh…
- Nodenn n’est pas un endroit pour toi…
- Nodenn ?
- Northern Dennly.
- Qu’est-ce ?
- Une maison de plaisir où seule la famille de Mère et de hauts dirigeants, qui s’offrent par là-même un luxe passablement obscène, passent de bons moments.
- En d’autres termes, nous sommes seulement les jouets de ces gens-là.
- Non. Moi, j’en suis un – sachant que nous sommes cinq…
- Cinq ?
- Ouais… Deux filles : Charlotte et Angèle ; trois garçons : Grégory, Florian et moi-même - plus toi, évidemment…
- Mh…
- J’en reviens à ton cas : il est différent du nôtre. Tu es son favoris, c’est pourquoi Mère sera à la fois plus clémente et moins tendre avec toi. Lorsque tu seras seul avec elle ou son fils, Camille, il ne t’arrivera rien de grave… Enfin… Si Camille n’est pas dans ses mauvais jours, bien entendu… Bref… Tant que Mère sera là, ça devrait aller. Mais pas si des gens extérieurs arrivent. Là, tu leur seras donné pour une ou plusieurs heures. Ils feront de toi tout ce qu’ils voudront et ils en auront le droit. Seule ta mort leur sera interdite, mais les blessures graves seront autorisées, et tu ne pourras rien dire, ou même faire, pour les empêcher de te battre. Certains pensent qu’être favoris est un important privilège. Mais c’est faux. Loin d’être des jouets, ces gens-là sont de véritables poupées de sucre pour qui le masochisme et la soumission sont des ordres. Tu ne sais pas ce qui t’attend, et tu ne devrais même pas le savoir un jour. Tu es trop jeune, trop faible, trop beau pour tout cela. C’est injuste.

Il y eût un silence, que je brisai à mi-voix :
- Je ne sais pas vraiment si le mot « injuste » conviendrait, puisque, de toute façon, le monde n’a plus de « justice ». Les enfants se battent pour rien, les adultes les tuent sans réfléchir. Le monde se meurt et s’efface dans son égoïsme. Je suis seulement quelqu’un parmi les autres, autrement dit, je ne suis personne. Mais peu m’importe. Je vis, j’existe. J’accepterai mon sort. Je n’en ai pas le choix.
Il m’examina quelques instants, puis murmura :
- Ton nom ?



[A suivre...]

Kendra

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Inki Inochi
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Mer 9 Mai - 13:51

Je savais que cette meuf n'était pas bonne ! Dans tout les sens du terme

.. Et c'pauvre gars arrive à rester un minimum positif sans se lamenter sur son sort.. P'ting.. C'est chaud, làà x'DDD
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Avril
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Jeu 10 Mai - 19:23

" Ton nom ?

- Liesb.

- C’est joli.

- Il paraît.

- Contrairement au mien, ce n’est pas bien répandu… C’est un avantage…

- Mh… Ton nom ? "

Il me sourit, puis me murmura d’un ton amusé :

" Julien.

- Classique, simple. J’apprécie.

- D’habitude, une personne standard dirait plutôt quelque chose comme : « J’aime bien », voire un vague : « Pas mal »… Mais t’es vraiment un cas, toi…

- Peut-être…

- Et c’est reparti… "

Il rit un peu, puis reposa sa main sur mon front. Je voulus me lever, mais il m’en empêcha d’un geste qui se voulut définitif. Durant quelques secondes, ce fut le silence. Enfin, il me dit tout bas :

" Tu as de la fièvre, tu ne devrais pas sortir. Ne t’inquiète pas, la tempête du dehors dissuaderait même les plus courageux à sortir de chez lui et payer l’autre acariâtre pour, au final, ne gagner qu’une petite heure de bons soins administrés par de l’un d’entre nous. Les gens sortent rarement dans le froid. Aujourd’hui, mon grand, tu vas faire comme les autres. Tu ne vas pas sortir.

- Mais…

- Je suis l’aîné de nous deux, Liesb. Et vingt-cinq ans passés en ce monde me permettent, aujourd’hui comme après, de demander à ta tendre personne d’être charmante en silence. "

Je ne répondis rien et repris, avec un flegmatisme mesuré, ma contemplation du plafond. Depuis le dernier regard que j’y avais porté, il n’avait bien évidemment pas bougé. C’est à ce moment-là que je réalisai à quel point je me sentais seul. Mais je n’en montrai rien.

Julien avait un air torve et triste qui se remarquait clairement sur son beau visage. Ses yeux s’étaient assombris, de même que son teint. Il se leva sans mot dire et déposa simplement, devant l’entrée, une lettre au papier un peu jauni et qui m’était apparemment destinée. La porte se referma, j’attendis quelques minutes. Enfin, j’allai à le porte et, d’un geste las, me saisis du mot que l’on m’avait adressé.





[Next : III]



Kendra

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Inki Inochi
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Jeu 10 Mai - 23:18

Ton Julien il m'a l'air de.. Mauvaise confiance >_< Enfin pas à première vu. Soiit..

"Liesb" c'est pas répandu, trop original, j'adore, vraiment ! *O*

Et puis.. T'ES VRAIMENT BORNEE POUR ARRETER "Là"... Là où on -Je- veut-x- tout savoir... Quand même T-T
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Larme
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Ven 11 Mai - 20:26

Moi je dirais plutôt qu'il a quelque chose a cacher... Enfin je suis sans doute trop naive... Non ?

J'veux savoir le mot >.<... Ca me chiffone vraiment la !
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Avril
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Sam 12 Mai - 21:37

III




Par mépris pour son auteur, je n’ai pas conservé la lettre. Elle a brûlé avec bon nombre de choses accumulées à ce moment-là, comme si, par le feu, j’en avais effacé le souvenir. Mais rien n’est parti, les mots sont toujours là.

Je ne pourrais pas retranscrire de mémoire ce qui avait été dit sur papier ce jour-là mais, dans l’idée générale, celle qu’on appelait alors Mère me demandait d’être sage et de ne pas bouger de la pièce dans laquelle j’étais.

Je devais tout simplement attendre.

Ce simple verbe, je l’ai entendu bien plus de fois que je ne l’aurai jamais imaginé. Il ne se passait pas un jour sans qu’il ne me soit, sans relâche, prononcé, du ton le plus doux à la violence la plus claire. Au sein de l’endroit dans lequel j’étais tombé, ainsi que pour tous les bons ou mauvaises gens qui y logeaient, la patience était une véritable obsession. On eût dit le temps, pour eux, demeurerait arrêté jusqu’à ce qu’ils ne décident de le remettre en marche. D’ici là, il fallait toujours attendre, se calmer, se taire, obéir… Tout était prétexte au silence et à l’ennui.



Décrire ma première journée à Nodenn serait une perte de temps. Mieux vaudrait réclamer à Lewis Carroll de sortir un nouveau livre, ou quémander une paix mondiale à un politicien d’avant-guerre. Non, vraiment, ce premier jour fût un ennui permanent.

Un vieil homme vint, à trois reprises, m’apporter de copieux repas, que je mangeai à peine. Il s’en désola la dernière fois que je le vis, et je dus lui expliquer, à mi-voix, mes préférences végétariennes. Il sembla paniquer et m’avertit en tremblant qu’il cuisinerait en conséquence la fois suivante. Je voulus lui sourire et le remercier pour sa gentillesse, mais il s’en alla rapidement, comme si croiser mon regard lui était interdit.

D’ailleurs, outre cet homme, je ne vis personne. Il me sembla qu’on m’observait constamment mais, après avoir de trop nombreuses fois vérifié le plafond et les murs, je dus me rendre à l’évidence : mes soupçons n’étaient rien de plus qu’une divagation parmi d’autres, comme si la schizophrénie m’avait subitement gagné.



En ce qui concerne cette époque, je ne saurais franchement le dire. Toujours est-il que, depuis lors, je suis très clairement devenu schizophrène, perturbé et névrosé.

L’enfermement permanent dont j’étais bien trop souvent victime en est sans doute la cause. Mais, après des mois passés de nouveau à l’air libre, je sens que ces maux s’en vont, comme si tout ce qu’il restait de décadent en moi désirerait, aujourd’hui, disparaitre de mes veines.

Il n’en reste pas moins que, pour comprendre pourquoi cet état phobique s’est imposé à moi, il me faudrait encore en connaître moi-même la raison.



Premier jour des plus calmes, deuxième phase éprouvante.

Je comptais les secondes depuis minuit trente, heure à laquelle on avait éteint la pâle lumière qui éclairait la pièce. Ce fût donc peu après six heures du matin que Mère réapparut dans mon champ de vision, illuminant la pièce d’un geste fébrile.

Elle portait une longue robe noire que j’allais, durant les mois à venir, voir aussi souvent que mon reflet dans ses yeux. Sans un mot, elle me fit lever et sortir. Je ne compris pas tout de suite que je n’aurais jamais dû passer le pas de la porte.

Mère me projeta immédiatement sur le sol du couloir. Je gémis, elle m’hurla de me taire. Je ne bronchai pas. A la cantonade et malgré cette heure peu avancée, elle fit appeler Julien. Celui-ci survint quelques instants plus tard.

C’était la première fois que je le voyais dans tel état.





[A suivre.]



Kendra.

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Inki Inochi
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Sam 12 Mai - 21:56

....Ha..haaa... Kendra, pourquoi tu fais ça ? Cette suite me laisse frustrée... T-T Bon ok, je sais que c'est fait exprès, que tu aimes te faire désirer, que tu aimes faire languir et patati.. Mais.. N'exagérons rien !
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Avril
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Sam 12 Mai - 22:01

[Nan, Inki, par contre j'aime bien t'emmerder... =)]




Il avait des cernes noirâtres et un regard profondément absent. Du sang tâchait le bas de sa chemise, sur laquelle de nombreuses déchirures se laissaient entrevoir. Il allait toujours pieds nus, mais un filet rougeâtre parcourait désormais chacune de ses jambes. Il semblait avoir du mal à respirer et arborait, contre son gré, des griffures diverses, notamment sur son cou et ses bras, qu’il avait laissés nus. Ses cheveux en bataille, ses lèvres peintes en noir et son teint maladif achevaient ce tableau déprimant.

« Oui, Mère ? murmura-t-il.

- Eh bien, mon grand…, lui répondit-elle, presque admirative. Je vois que Cyril n’hésite plus, avec toi… Je t’aurais bien congédié, mais, s’il t’a mis dans cet état-là, c’est que tu as encore dû lui manquer de respect, alors autant achever son plaisir et te confier le nouveau. Tu le conduiras face à ton bourreau de cette nuit, et tu lui apprendras à être sage en conséquence. Tu as bien compris ?

- Oui, Mère.

- Parfait. Je te le laisse. »

Sur ces mots, elle s’en fut. Julien en eut comme un malaise. Il glissa le long du mur, ferma les yeux et s’autorisa quelques larmes.



J’allai jusqu’à lui et me blottis dans ses bras. Nous restâmes ainsi quelques minutes, sans bouger. Enfin, Julien eût un petit rire où perçait très clairement l’ironie la plus noire.

« Tu vois, Liesb…, suffoqua-t-il. Je te l’avais dit… Je t’avais prévenu… Et mis en garde par rapport à cet endroit… Je t’avais dit l’horreur et le malheur apportés à ses résidents… Ces poupées sans âme… Je te l’avais dit, n’est-ce pas ?

- Oui, Julien. Tu me l’avais dit.

- Alors pourquoi, bon sang… Pourquoi es-tu toujours là ?

- Je ne sais pas.

- Mais bordel, Liesb ! Que sais-tu donc ?

- Je ne sais pas. »

Il soupira et me serra un peu plus fort contre lui, avant de me repousser et de me prier de me relever, ce que je fis avec lassitude, sans un mot. Il se redressa à son tour, me prit la main et m’emmena à travers le labyrinthe formé par ces couloirs tout aussi blancs que la pièce où l’on m’avait précédemment cloîtré.

Nous mîmes cinq bonnes minutes pour atteindre la porte en bois d’ébène marquée du numéro cinq – l’une de celles que j’allais, par la suite, connaître mieux que quiconque. En chemin, nous ne croisâmes que de vieux employés ou diverses sortes, calmes et violentes, de jeunes personnes aux airs torves qui, pour la plupart, appartenaient à Mère.



Lorsque Julien poussa la porte noirâtre, mon sang ne fit qu’un tour. Je réalisai alors que je n’avais strictement rien à faire dans cet endroit vide de sens. Ce fut comme un poids, bien entendu trop lourd, que mes épaules durent porter pour quelques secondes seulement ; je me ressaisis ensuite.

J’étais là, je devais, j’allais, je pouvais. La bêtise humaine, à cette époque, me correspondait bien.



Celui qu’on appelait Cyril était un homme de grande taille, fin, au visage imberbe assez peu aimable, sans doute âgé d’une trentaine d’années. Il portait toujours une chemise blanche, collée à sa peau, et un pantalon de cuir noir, lorsqu’il n’était pas trop occupé à l’enlever. Ses yeux noisette semblaient jeter des pierres à quiconque le regardait.

Julien s’agenouilla sur le sol, m’entraînant avec lui d’un geste fébrile. Je baissai la tête. Cyril éclata de rire.

« Ah, le voilà donc enfin ! s’écria-t-il. Liesb, n’est-ce pas ? Bonté divine, ces yeux, ce visage… Ce corps… Tu es très mignon, tu sais ? Si Julien et moi n’entretenions pas une relation aussiétroite, nul doute que je te prendrai sans réfléchir, et sur-le-champ si possible… »

Un regard en direction de Julien me montra pour la première fois le teint livide que la frayeur gratifiait, parfois, sur son beau visage. La présence de Cyril, loin d’être des meilleures, signifiait pour lui un horrible moment à passer entre les mains d’un homme qu’il rejetait de tout son cœur. Mais, de toute façon, Julien n’aurait jamais pu s’enfuir, refuser, se rebeller ou même élever la voix.

Il était à Cyril. Il lui appartenait.



L’homme eût un rire sarcastique et lança froidement à son jeune protégé :

« Eh bien, mon grand, le trésor que tu nous as amené… N’as-tu donc pas peur d’être repoussé ? Remarque, je te comprends : après trois ans passés avec moi, tu dois sans doute penser que, par simple clémence ou pour de quelconques raisons d’attachement, je te garderai encore un peu… Seulement, vois-tu, je ne connais pas la « pitié »… Seul ton corps et ton sang m’attirent… Ton beau visage naïf et ton attitude dévouée doivent également y être pour quelque chose… Mais regarde donc ce jeune garçon : il te ressemble, bien sûr, mais l’on perçoit chez lui une soumission plus claire, des pupilles pures et une beauté sans pareille. Non, vraiment, Julien, rends-toi compte… Il est bien mieux que toi ! »

Il se leva, s’agenouilla à son tour et releva la tête d’Adrien, jusque là gardée basse. Ce dernier soutint le regard de son aîné qui, après avoir de nouveau ri sans raison apparente, l’embrassa. A cotre-cœur, Julien dût lui répondre.



C’est à partir de ce moment-là que je compris à quel point la violence de ces gens, gratuite et misérable, allait devenir ma principale terreur : Cyril écarta Julien, le gifla puis l’envoya à terre, s’asseyant à califourchon sur le jeune homme qui, sous la douleur, gémit.



C’était là une faute à ne jamais commettre en ce lieu : gémir, protester, se plaindre. Cela correspondait à un bête refus d’obéissance, passible de sanctions souvent très importantes. Manifester sa souffrance, face à Cyril, équivalait généralement à une nuit supplémentaire passée avec lui, ou, plus grave encore, parmi toutes les personnes, débauchées et sans scrupule, qui entouraient la cage blanche – supplice que je n’ai, par miracle, jamais eu à subir, mais dont Julien garde encore des séquelles.



Or, ce jour-là, Cyril devait être d’assez bonne humeur, puisqu’il se contenta simplement de murmurer à Julien :

« Allons, ma belle gueule… Calme-toi… Le premier mouvement de ce ballet obscène n’a même pas encore commencé, sais-tu ? Les premières notes ont à peine été jouées, mais pour la suite, il faudrait d’abord que ton corps me soit entièrement offert… Qu’en dis-tu ? »

Julien ne lui répondit pas. Je ne décrochai pas mon regard de ce spectacle affligeant, même lorsque je vis, très clairement, que Cyril faisait descendre ses mains de plus en plus bas, le long du corps de son jouet, jusqu’à en atteindre l’entrejambe. Je dus alors dire quelque chose de bizarre, car Cyril se tourna lentement vers moi et, d’un ton doucereux, me dit :

« Injuste ? Non, vraiment, Liesb… Tu trouves cela injuste ? »

Je déglutis. Cyril éclata de rire, se leva et fit se redresser Julien.

« Sors, poupée…, lui dit-il. File te chercher quelque chose à manger, va boire un peu et reviens ici… Je ne te l’emprunterai pas plus de cinq minutes, alors tâche de revenir ici avant, sans quoi je le garderai ici pour un bon moment encore… »

Julien sortit d’une démarche lente et mal assurée. Dès qu’il eût passé puis fermé la porte, Cyril prit mon visage entre ses mains et me força à le regarder.



Je n’ai pas de souvenirs très clairs de ce qu’il s’est passé ensuite, mais, ce qui est sûr, c’est que cet instant passé avec Cyril ne dura pas seulement cinq minutes.

Lui et moi avons fini dans son lit, à la sortie duquel je comptais une bonne dizaine de plaies qui, béantes, saignaient encore. Lui aussi m’avait drogué, et même ma vision n’étais plus vraiment nette après cela.

Aujourd’hui encore, je les entends très bien : le fouet que Cyril faisait claquer près de moi pour me tenir en respect, ses murmures aux paroles crues, suaves pour la plupart, les chaînes qui tintent à mes poignets meurtris et le souffle des flammes qui se meurent sur ma peau blême… Tout cela ne m’a toujours pas quitté, et les souvenirs semblent ne jamais vouloir s’effacer de mon esprit. J’ai vécu toutes ces choses bien trop souvent pour pouvoir être en mesure de les oublier, de penser à autre chose.

Ma faiblesse d’autrefois a engendré celle qui m’accable aujourd’hui. Les faibles se rendent faibles ; c’était inéluctable.



A partir du moment où Cyril ne voulut plus de moi, Julien me prit en charge. Il resta à mes côtés jusqu’à la fin de la journée, mais ne prononça aucun mot durant tout ce temps. Un mélange de culpabilité et d’impuissance s’étalait sur son visage que même les plus pâles couleurs avaient décidé d’épargner. Face à son silence, je ne pus que l’imiter, ne cherchant même pas à savoir si, tout comme l’avait dit Cyril, il me jalousait, ou si, à l’inverse, il me suppliait presque de supporter cette horreur à sa place.


[Next : IV]

Kendra.

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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Mer 16 Mai - 21:48

*p*

La suite...

Ca s'arrète en plein suspense, qu'est ce qui se passe ensuite ? T_T

*Want To Know *
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Inki Inochi
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Mer 16 Mai - 23:10

Larme a écrit:
Ca s'arrète en plein suspense, qu'est ce qui se passe ensuite ? T_T

MMMMMMMMH... *a une envie d'hurler..*

Kendra, je sais que t'aime m'emmerder (j'en ai la preuve, là T-T), mais si tu pouvais le faire AUTREMENT qu'à travers tes textes ça m'arrangerait ! x___________x
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Avril
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Jeu 17 Mai - 18:56

IV

Je passai donc plus de cinq semaines ainsi : je me levais chaque matin à des heures variables – il me sembla même, parfois, que ce fût plutôt au beau milieu de la nuit -, j’attendais que Julien vînt me chercher et j’allai avec lui à la rencontre plus ou moins intime de diverses personnes, des hommes pour la plupart.

Je ne vis Mère qu’une ou deux fois, durant quelques secondes à peine. Mais je ne m’en plaignis pas, bien au contraire.

Julien m’ayant mis en garde par rapport au trop grand succès et à ses démérites, je me réjouissais de ne pas être des plus entreprenants au lit. Petit à petit, je compris à quel point ce manque d’envie d’encore fut pour moi un véritable salut : plus quelqu’un en fait, plus on en demande. Or, je n’en faisais jamais beaucoup. Sans le savoir, et malgré mon maudit physique, je me sauvais de nombreux maux, fait rarissime à Nodenn. J’avais choisis, je ne me trompais pas. Je n’avais plus qu’à attendre. Et parler.



Un soir, alors que Julien et moi dormions ensemble – fait de plus en plus courant –, lui et moi discutâmes à propos des liens du sang. Il éclata d’un rire profondément amer lorsque je lui demandai comment ses parents et lui vivaient les uns pour les autres.

" Tu sais, Liesb, mes vieux et moi, ce ne sont plus que de mauvais souvenirs…
- Pourquoi cela ? C’est pourtant ta famille, ton port d’attache… Non ?
- Eh bien, justement, non… Oh, bien sûr, ça l’a été un jour, mais aujourd’hui… Comment t’expliquer…
- Ils ne t’acceptent plus, n’est-ce pas ?
- Ouais, on peut dire ça comme ça… Dans un certain sens.
- Comment ?
- Ton raisonnement est à la fois juste et faux : ils ne veulent plus me voir à cause de mon homosexualité et de l’endroit où elle m’a mené, mais ils prennent encore le temps de me chérir un peu, car suis le seul enfant qu’il leur reste encore.
- Donc, au départ, tu n’étais pas un enfant unique…
- Le meurtre de ma sœur m’a permis de le devenir.
- C’est toi qui l’as tuée, n’est-ce pas ?
- Excellente analyse.
- Merci.
- Tu es très doué quant à deviner jusqu’où peut aller l’esprit tordu des gens de ce monde… Au lieu d’être coincé ici, tu devrais plutôt te démerder pour aller aider la police à arrêter les pères et les mères qui se permettent de battre leurs chers enfants, ou bien contribuer à l’écoute des pauvres gens au bord du suicide… Voire à demander pardon aux dieux d’avoir fait tant de mal à leur monde, hein… Quoique, vu ta position, tu pourrais aussi faire en sorte que les enfants…
- N’aient plus droit au silence.
- Oui, ce serait effectivement une cause tout à fait défendable…
- C’est sûr…
- Bon… Et toi ?
- Moi ?
- Tes parents ?
- Je ne sais pas.
- Oh… Tu n’en as pas ?
- Si, si… Ils ne doivent toujours pas être morts, à l’heure qu’il est, mais je ne sais pas où ils sont…
- C’est fâcheux.
- Oui, un peu.
- Comment est-ce arrivé ?
- Le plus simplement du monde : j’ai voulu partir, je l’ai fait. J’avais treize ans, j’étais fils unique et mes parents n’ont pas voulu me retenir ou me chercher ensuite. S’ils me voyaient aujourd’hui, je pense qu’ils ne se souviendraient même pas de moi. Ils étaient de ces gens qui font des enfants mais qui, quelques mois plus tard, en oublient jusqu’à leur existence-même, comme un bébé qui ne se souviendrait plus de la première peluche qu’il ait tenu entre ses mains.
- A ce point-là ?
- Ils ne m’envoyaient pas à l’école et oubliaient mon couvert à chaque repas. J’ai fini par vivre la nuit et dormir le jour, et même mes pas résonnant dans le couloir ne semblaient pas les préoccuper plus que ça…
- Cela explique donc ce teint pâle et maladif…
- Entre autre.
- Et si ces pas avaient été ceux d’un cambrioleur quelconque ?
- Dans un manoir équipé de trois systèmes d’alarme et d’une bonne dizaine de pièges dans le jardin ?
- Ah oui, effectivement, c’aurait été à la fois difficile et douloureux pour ce pauvre homme…
- Ou cette misérable femme.
- Non, vraiment, un homme, c’aurait été mieux…
- Pourquoi ?
- Devine…
- Pervers.
- Pourtant, tu dors avec moi…
- Parce que je sais que tu ne me feras rien.
- Exact.
- Quelle heure est-il ?
- Suffisamment tard pour que tu fermes les yeux et fasses de beaux rêves. Demain, Cyril demandera à te recevoir dans ses appartements, ou à te rencontrer ici-même, et ce dès la première heure du jour. Il vaut mieux que tu sois reposé avant : ce pauvre imbécile est du genre somnifère ambulant, le matin…
- Oh, Adrien… Ce n’est pas bien gentil, ça, tu sais…
- Ouais, sans doute… Ce n’était pas fait pour l’être.
- Ah.
- Allez, sale gosse, pionce un peu…
- Je ne suis pas un gosse.
- Tant pis. Dors quand même.
- Mh…
- Bonne nuit. "

Ma vie était ainsi rythmée par diverses rencontres toutes plus surprenantes les unes que les autres. Je passai tour à tour devant un ministre, un chef d’entreprise, quelques femmes en mal d’action et divers petits salariés qui n’avaient sans doute rien de mieux à faire. Certains auraient pu trouver cela amusant, presque intéressant à vivre.
Moi pas.
Ce pauvre train de vie était juste monocorde.

Il fut brisé précisément six semaines après mon arrivée à Nodenn, lorsque Julien fit brusquement irruption dans ma « chambre », une trousse à maquillage et une brosse à cheveux à la main. J’allais lui demander ce qui lui arrivait, mais sa voix, ferme, m’en dissuada :

" Assieds-toi sur le lit, nous n’avons qu’une demi-heure !"
Je m’exécutai et, lorsqu’il tira mes mèches brunes en arrière, je lui demandai :
" Qu’y a-t-il ?
- Mère veut te voir…
- Ce fait nécessite-t-il réellement tous ces soins inutiles ?
- Oui. Elle te présente à son fils, aujourd’hui.
- Je ne vois pas le rapport qui pourrait exister entre moi et son fils…
- Vu son esprit détraqué, je pense deviner ce que c’est…
- Alors ?
- Tu verras bien… Ne paniquons pas…
- Il n’y a que toi qui cède à la panique, Julien…
- T’occupe pas. "

Il noua mes cheveux en un chignon très serré derrière ma nuque, laissant ainsi le moindre trait de mon visage à découvert. Il se plaça devant moi, prit un pinceau noir et, avec, peignit mes lèvres de cette sombre couleur. De même, une poudre vint obscurcir mes yeux, et il dessina sur ma joue droite le symbole des Damnés – comme l’appelait Mère-, censée représenter la réputation de Nodenn elle-même, comme si ce simple dessin pouvait porter à lui-seul une si lourde signification.

Julien me donna également d’autres vêtements que mes chemises et pantalons ordinaires.

Je fus ainsi affublé d’un short en vinyle, d’un haut sans manches fait de cette même matière, de hautes chaussettes blanches et de bottines noires. Sous mon regard noir, Julien ne fit aucun commentaire. Mais la légère moue qui planait sur ses lèvres pâles, expression délicate et presque mauvaise, m’indiqua clairement que ces vêtements et cette préparation n’étaient en aucun cas une bonne nouvelle.

Pour lui.

La distance qui nous séparait allait, ce matin-là, devenir un véritable gouffre d’intolérance.


[A suivre.]


Kendra.

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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Jeu 17 Mai - 20:40

I-nyuuuuuuuuuuuuuuh je veux le revoir le fils de la patronne de Nodenn !

Suite ??!!

Larme a bien raison ><
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Larme
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Jeu 17 Mai - 20:51

Huuuh... >.<

A quoi ressemble son fils ??? Et pourquoi tant de préparatifs ???
arrrg>....
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Ven 18 Mai - 1:26

Kendra, je savais que t'allais céder et poster la suite !

Le fils de la pouff' sera gentil garçon ou méchant ? T-T

Méchant, bien sûûûr.



Tchû ~
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Ven 1 Juin - 22:31

Nous arpentâmes plusieurs corridors semblables, en silence. Julien gardait la tête basse, les yeux rivés sur le sol et les poings fermement serrés, comme en signe d’impuissance. Je le scrutais avidement, cherchant à savoir ce qui le perturbait ; sans succès. Je pris donc ce moindre mal en patience.
Nous arrivâmes alors devant le bureau de Mère. Cette dernière, depuis l’intérieur de la pièce, entendit sûrement nos pas, et me pria d’entrer, ce que je fis le plus précautionneusement possible.
L’intérieur était éclairé par de nombreuses lumières blanches qui provenaient de toutes part, mais ces dix mètres carrés étaient entièrement dépourvus de meubles. Le carrelage avait une couleur grisâtre et, au milieu de la pièce, un motif noir, sorte de « n-d » inscrit en caractères gothiques, se dessinait sur le sol ; l’image de Northern Dennly, celle que Julien m’avait dessiné sur la joue.

Mère se tenait était là, mais elle n’était pas seule. Un jeune homme blond, d’environ mon âge, était debout, à côté d’elle, et me regardait avec un petit sourire satisfait.
Pour la première fois, je me trouvai en face de Camille.

De grands yeux verts aux reflets bleutés, un teint blême, des lèvres peintes en noir et près de cent quatre-vingt centimètre de beauté pure et simple, cela me sembla bien trop parfait pour être clair.
Et, en effet, l’unique parcelle de disgrâce que possédait Camille se trouvait à l’intérieur-même de ce corps sans défaut.

Julien s’agenouilla sur le sol mais, cette fois-ci, ne m’entraîna pas avec lui. Je ne bougeai donc pas. Camille s’approcha de moi, croisa ses mains derrière son dos et me tourna autour pendant plusieurs minutes, me jaugeant entre deux méchants sourires. Ma frêle silhouette sembla l’amuser beaucoup. Je plantai mes orbes gris dans ceux, verdâtres, de Mère. Elle était ravie.

Camille s’arrêta en face de moi, plaça ses mains sur mon visage et me força à le regarder. Sans le moindre sourire, il scruta mes traits comme s’il eût s’agit de trésors à évaluer. Il laissa ses doigts glisser sur mes joues, mes lèvres, mon cou. Enfin, dans un petit soupir satisfait, il me fit un sourire.
Je tressaillis.
« Oui, Mère…, murmura-t-il. C’est bien lui… »
Les lèvres de Mère se fendirent en un rictus mauvais, presque joueur. Elle tenta de plaisanter :
« Tu le prendras ce soir, hein, Camille ? Ne fais pas attendre ta princesse, sinon elle risque de rester sage, cette nuit ! »
Sans doute eût-elle espérer que Camille ne rît à es paroles, mais il n’en fit rien. Calmement et sans décrocher son regard du mien, il approcha sa main droite du visage de Julien. Celui-ci était resté à terre, et hésita face à l’aide qui se présentait.
« Prends donc ma main, Julien… », lui lança Camille.
L’intéressé hésita quelques secondes, puis obéit à ces paroles. Lorsqu’il fut sur pied et toujours sans cesser de planter ses yeux dans les miens, le blond lui siffla :
« Toi, tu retournes dans ta chambre, et tu n’en bouges pas jusqu’à ce que Cyril te l’ordonne. Cette petite merveille, dont le nom me sera bientôt offert, ne reviendra auprès de toi que dans un mois seulement, voire même plus si je ne le juge pas assez fidèle à ma personne pour ne pas me trahir ensuite. En attendant, vous ne vous parlerez que lorsque je le déciderai, et non à tout va comme il en est aujourd’hui. Tu as bien compris ? »
Julien acquiesça lentement, une expression apeurée vaguement présente sur son beau visage.
« Bien, admit le blond. Alors maintenant, dans tes appartements, et sois sage. Nous aussi, nous partons. Au revoir, Mère.
- Amuse-toi bien, Camille… »
Camille me prit par les épaules et m’emmena jusqu’à la sortie.

Dès le départ, la route que Julien et moi prenions alors ensemble se divisa et nous sépara. Une fois la porte refermée, Julien prit la direction de sa chambre, vers la droite. Camille patienta quelques secondes, attendit que mon partenaire eût passé l’angle du couloir, puis m’entraîna avec lui à destination de ses propres quartiers.
Vers la gauche.

[Next : V]

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Inki Inochi
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   Dim 3 Juin - 18:10

Je le sens bien, Camille. clown

Mais c'est une cooo[...]urte MAJ v_v

Tarde pas pour la suite ! *_*
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MessageSujet: Re: Sade - première partie.   

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Sade - première partie.
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